Comment ne pas réagir sur les événements qui se déroulent actuellement en région parisienne mais aussi dans toute la France? Par où commencer, par quoi? Mon indignation? Ma stupeur? Ma peur? Je sais pas, je ne sais plus.
Je suis née à Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis. J’y ai vécu jusqu’à l’âge de mes 19 ans, dans ce que l’on nomme couramment une cité. J’ai été au lycée à Saint-Denis, en prépa à Saint-Ouen. La banlieue, je la connais. Mais attention, je ne vais pas ici vous sortir le discours de l’ex-banlieusarde “qui s’en est sortie”. Je ne vois pas les choses comme ça. L’exclusion n’est pas un mythe, elle existe. Les zones de “non-droit” aussi. Mais comment expliquer ces gestes, ces actions? Je ne sais pas s’il faut rechercher une seule et unique cause à cet “enflammement des banlieues”. La mort des deux mineurs à Clichy-sous-Bois n’est que l’élément déclencheur, une goutte d’eau qui fait déborder le vase. Alors moi aussi j’ai envie de pousser mon coup de gueule, mes coups de gueule. Je ne peux pas brûler des voitures sinon je crains que mes parents me torturent jusqu’à ma mort.
Mon premier coup de gueule sera envers ces pseudo-sociologues ou pseudo-psychologues à la con qui nous expliquent le ras-le-bol de “ces jeunes banlieusards qui se sentent exclu”. Je ne supporte pas ce genre de type qui se prennent pour des grands analystes de notre société. Ils vivent pour la plupart dans des lofts parisiens avec vue sur un monument quelconque et n’ont jamais passé la “barrière” du périph sauf, peut-être pour jouer au courses à Vincennes. Je stéréotype peut-être et je m’excuse pour ceux qui exercent ces métiers et qui ne font pas partie de cette branche, mais voir tous les soirs à la télé des mecs en costards qui m’expliquent ce que ressent un “jeune fils d’immigré habitant en banlieue” commence sérieusement à m’agacer.
Mon deuxième coup de gueule va à l’encontre des médias. Et plus précisement contre les informations télévisées. Pourquoi? Enfin, ne soyez pas naïfs.. Vous ne voyez pas à quel point ils jouent un rôle majeur dans cette histoire? Vous pensiez vraiment que faire tous les soirs le décompte des voitures brûlées, des policiers blessés et des écoles brûlées calmerait le jeu? Parce que oui, tout cela est aussi un jeu, et même mieux, un concours. Quelle sera la ville qui passera à la télé ce soir? Qui aura fait brûler le plus grand nombre de voitures? France 2 l’a bien compris lorsque la voiture des journalistes fut pris à partie par “les jeunes rebelles” et brûlée comme tant d’autres. Les médias servent de véhicule (c’est le cas de le dire!) à tous ces esprits révoltés et déraisonnés, établissant entre eux une sorte de lien du sang qui les poussent à agir en croyant à une hypothétique unité.
Enfin, mon troisième et dernier coup de gueule (il faut bien s’arrêter un jour) va à l’encontre de la société dans laquelle on vit. Je sais, c’est un sujet bien vaste et je ne saurai définir ici les torts exacts que je lui reproche. Mais où va-t-on? Dans quel monde vivrons-nous demain? J’entends ici et là parler de couvre-feu, d’intervention militaire et j’en passe.. Et là, j’ai peur. Je n’ai pas encore d’enfants mais je ne voudrai pas leur laisser un monde où les banlieues font peur et débordent d’individus menaçants. Je ne veux pas d’un monde où le lieu de naissance détermine une destinée, d’un monde où une adresse ferme les portes d’une université ou d’un emploi, d’un monde où l’on vous refuse un séjour dans un camping à cause de ces deux chiffres qui terminent votre plaque d’immatriculation: 93.
Je ne peux proposer aucune solution décente et digne de ce nom, je ne vous encourage à prier que si vous avez la foi, moi, je ne crois plus en rien.
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