Paris, le 25 décembre.
Journée de fête. Du moins, en apparence. Pendant que de nombreuses familles profitent de ce jour pour visiter leurs proches et les gens qui leur sont chers, nous, on va chez mes grands-parents!
Tout commence vers 10h, lorsque ma mère fait irruption dans ma chambre en criant. Elle a peur d’être en retard. En effet, il est 10h03 et nous sommes attendu pour 13h (sachant que notre trajet n’excèdera pas 15mn).
10h15: Je me lève enfin. Le stress est palpable dans l’atmosphère. Mon père, qui attends cette journée avec autant d’impatience que moi fume un cigarillos dans la cuisine. L’odeur du cigarillos se mélange à celle de mes céréales, je suis de mauvaise humeur.
11h20: Mon père reviens du marché avec les fleurs, j’ai finis de me préparer. Ma mère n’est pas contente: le bouquet n’est pas très beau et je porte mes “vieilles baskets toutes sales”.
12h26: Enfin! Il ne reste qu’à rassembler les pseudos cadeaux que l’on devra offrir, ne pas oublier les fleurs, ni les anti-dépresseurs..
13h04: Arrivée. Ma grand-mère nous fais poliment remarquer que nous sommes en retard. Je me demande bien en retard pour quoi, de toute façon, on va passer notre journée à se morfondre sur un fauteuil miteux. Bon, maintenant faut dire bonjour.. Mon oncle, ma tante, mes deux cousines, le copain de ma plus grande cousine, mon autre oncle (qui est en fait l’oncle de ma mère mais bon..), ma grand-mère et mon grand-père. Politesse, fausse prise de nouvelles, je commence déjà à m’ennuyer ferme.
13h21: Mon grand-père a la bonne idée de faire circuler les petites saucisses apéritifs. Enfin un peu de distraction! On sert l’apéritif. Whisky, Kir, Ricard, Malibu.. “Et toi M. tu prendras quoi?”- Une vodka, cul sec - “Bah un jus d’orange..”. Oui, j’ai 21 ans mais apparemment c’est pas concevable que je prenne de l’alcool devant la famille!
13h40: Je prend la dernière saucisse apéritif, ce qui me vaut une réflexion de ma grand-mère qui s’inquiète pour ma ligne.. Ma grand-mère est l’inverse d’une mamie gâteau, au bout du 2ème petit-beurre elle pense à mon cholésterol!
13h53: Ouverture des cadeaux. Faux cris de surprises, faux remerciements, c’est de la merde. Je me vois royalement offrir un bain moussant qui sent le White Spirit et un agenda parfumé. Merci mon oncle, merci ma tante.. Le reste est plus cool: chèques et boîte de Ferrero Rocher.
14h00: Le repas commence. Je crois que la bouffe est la seule chose qui me permet de rester en vie durant cette journée.. L’inconvénient du repas, c’est que les gens parlent.. De plus, les invités ont été placé (comme tous les ans) de façon très moderne: les femmes d’un côté, les hommes de l’autre. Il y a quelques années, j’étais à la limite, mais je parlais trop et surtout, je n’étais pas toujours (même jamais) de leur avis. Donc maintenant bah je suis entourée de ma petite cousine et de ma grand-mère. Ma cousine a 19 ans, elle n’est jamais sortie avec un mec, n’est pas très belle et n’a aucune discussion. Le mec de mon autre cousine est une espèce de gros ours qui joue parfaitement le rôle du lèche-cul bouseux pour amadouer la vieille. Les discussions des hommes tournent autour de la politique, de l’économie, de tout ce que ma mère ne voulait pas qu’on parle, de tout les sujets “qui fâchent”. Mon père, militant de la première heure, s’emporte facilement: “comment ça supprimer le droit de grève?! Et pourquoi pas les congés payés!” Le ton monte. Du côté féminin, on parle recettes de cuisine, chiffons, boulot et mecs. C’est le moment que je déteste. J’ai évidemment droit à la réflexion annuelle de ma grand-mère: “Et toi M., toujours dans tes études? Il n’y aurait pas un petit camarade là-dessous..?” Pendant longtemps, mes grands-parents m’ont cru lesbienne, ce qui était une tragédie.. et une grosse connerie aussi! Lorsque je commis l’irréparable erreur de leur présenter E., ils en tombèrent amoureux. Maintenant, ils m’en veulent d’avoir rompu. Je resterai à jamais vieille fille... Je passe pour l’intello un peu dégantée de la famille, celle qui fais du droit mais qui a de mauvaises fréquentations!
17h00: Le repas prend fin; je mange mon kilo habituel de clémentines. Comme tous les ans, ma grand-mère s’étonne que je puisse en manger autant (dans un sens, c’est des clémentines!).
17h14: La bonne idée du jour!!!: Un trivial Pursuit! J’adore ça! Les concurrents en liste sont: ma mère (qui va gagner, comme tous les ans), ma tante, mes deux cousines et moi. Les hommes dorment dans les fauteuils ou partent faire un tour sur les bords de Marne. Le Trivial commence. La partie n’est qu’un ramassis de conneries indescriptibles provenant de la partie provinciale de la famille. Ma mère gagne, je la suis de peux, les autres n’ont toujours pas de camemberts! Je me sens intelligente, c’est cool. Je pars me réfugier dans la cuisine, j’allume une clope. Ouah! Trop de bonheur durant cet instant, ma clope et moi, seules face à l’infini.. Du monde entre. “Tu fumes? Tes parents le savent? Tu vas arrêter?” Oui, Oui et non. Lâchez-moi.
19h00: Attention, plus un bruit, c’est l’heure du maillon faible! Tous le monde retiens ça respiration et se concentre, l’enjeu est énorme: la gloire ou l’humiliation! Voici la question qui brisa à jamais mes liens avec ma famille: “Combien le Japon a-t-il de frontières terrestres?” Les cerveaux chauffent, on échange des impressions, mon oncle hésite: 3...4? Je pars d’un éclat de rire incontrôlé! “Y en a pas!!! Le Japon est une île!!!” Un ange passe. Je crois que je suis grillée, et haïs. L’ambiance est définitivement pourrie.
20h00: Repas du soir (comme si on pouvait pas se casser!): Les hommes et moi sommes les seuls à manger, les femmes surveillant leur ligne (C’est trop tard mais bon..). Ma grand-mère n’en reviens pas: “Mais comment M. fait-elle pour autant manger?!” Même ma mère est soulée.
22h00: “Bon, bah on va peut-être y aller”. Soulagement. Le calvaire s’achève. On réussi à décoller mon père qui s’acharne à expliquer son point de vue à mon oncle et mon grand-père. Un immigré de gauche dans une famille de droite d’origine suisse et campagnarde, il en veut mon père!
22h30: Enfin de retour à la maison-mère. On n’en peut plus. La pire journée de l’année est finie, mais la peur de l’an prochain est présente. Il ne me reste plus qu’à encaisser mes chèques, histoire que cette journée ne soit pas trop un mauvais souvenir!
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